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Rapport sur les discriminations : les DRH défendent leur bilan

 MARIE-SOPHIE RAMSPACHER Le 20/09

Le rapport remis aujourd’hui par France Stratégie à Myriam El Khomri enfonce le clou : la principale discrimination à l’embauche tient au fait d’être une femme, devant le racisme subi par les personnes originaires d’Afrique. Interrogés, les DRH défendent leurs (multiples) accords.

Le rapport rédigé par France Stratégie et remis ce matin à la ministre du Travail, Myriam El Khomri, ainsi qu’au ministre de la Ville et de la Jeunesse, Patrick Kanner, évalue pour la première fois le coût des discriminations. Jusqu’ici le seul chiffre disponible était celui avancé par les chercheurs Marie-Cécile Naves et Virginie Martin qui estimaient à 10 milliards d’euros par an la facture du recrutement effectué au mépris de la diversité. France Stratégie révise ce chiffre à la hausse : selon les travaux de ce groupe de réflexion rattaché au Premier ministre, une meilleure allocation des profils et des talents disponibles sur le marché pourrait générer un gain de croissance et de revenu compris entre 3,6% du niveau total du PIB _soit 80 milliards d’euros_ et 14,1% du PIB soit environ 310 milliards d’euros. Pour le moins frappante, cette fourchette a été établie par les économistes à partir des données de l’Insee. Ils ont étudié dans le temps les écarts de salaire à poste donné, mais aussi les écarts de taux de chômage entre les enfants d’immigrés et les autres. Aux premiers rangs des discriminés, les femmes et donc les enfants d’immigrés.

Astucieusement, et suivant une proposition de Jean-Christophe Sciberras, le DRH du groupe Solvay, France Stratégie aborde le sujet des discriminations par la dimension économique, espérant toucher les entreprises, ses managers mais aussi les recruteurs qui opèrent leur sélection «  dans une fraction de sa population se privant ainsi de talents ».

Interrogées, les entreprises nient leur immobilisme et pointent la pléthore d’accords signés sur la diversité, le handicap, les femmes, les seniors, ou encore les carrières. Toutes les grandes ou presque (Cap Gemini, BNP Paribas, Carrefour, Schneider etc.) disposent d’un accord sur l’égalité professionnelle. « La disparité salariale entre hommes et femmes n’est plus un sujet. Il est traité », estime Mylène Collin, DRH de Bouygues Télécom, qui pointe par ailleurs la grande diversité de profils opérant dans les boutiques de l’opérateur. Kering de son côté met en avant le label GEEIS (Gender Equality European & International Standard) reçu il y a quelques heures « pour la reconnaissance de ses actions en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. ». En juin dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la femme à New York, le directeur général du groupe Sodexo, Michel Landel, disait également sa fierté _ justifiée_du chemin parcouru par le groupe, rappelant que « la mixité et, plus généralement, la diversité sont sources de richesse, de créativité et d’amélioration des performances collectives ».

Pour quelques entreprises passives, de nombreuses sont convaincues et actives, mais sans réussir à favoriser l’accès aux postes qualifiés des populations les plus discriminées. Sous couvert d’anonymat, un DRH reconnaît que « les accords aussi ambitieux soient-ils ne parviennent pas à freiner les discriminations relevant des préjugés et de stéréotypes tenaces car d’autres objectifs de rentabilité et de développement prennent le pas sur les bonnes intentions ».

« Nous serons intraitables avec les entreprises qui prendraient des mesures cosmétiques et nous n’aurons aucun état d’âme à désigner les mauvais élèves », avait toutefois prévenu Myriam El Khomri, en lançant, avant l’été une vaste opération de testing des méthodes de recrutement auprès d’une quarantaine d’entreprises tricolores. Les résultats sont attendus d’ici à la fin de l’année.

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