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Mort de Simone Veil : la vie à bras-le-corps

Mort de Simone Veil : la vie à bras-le-corps

30.06.2017
 

Décédée ce vendredi à l'âge de 89 ans, Simone Veil a marqué l'histoire politique et sociale du XXe siècle en France. Retour sur le parcours d'une femme engagée dans de nombreux combats.

Simone Veil en 2007

Simone Veil en 2007• Crédits : FRANCK FIFE - AFP

C'est une figure française qui est décédée ce vendredi : Simone Veil, déportée à Auschwitz, femme politique, voix qui a porté la loi sur l'IVG à l'Assemblée, personnalité engagée dans de nombreux combats. Née le 13 juillet 1927 à Nice, sous le nom de Simone Jacob, Simone Veil est la benjamine d'une famille juive de quatre enfants, élevée dans un environnement laïc.

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Enfance et déportation à Auschwitz

Simone Veil au camp du Struthof

Simone Veil au camp du Struthof• Crédits : Dominique GUTEKUNST Getty

Dans les années 1940, sous le régime de Vichy, Simone Veil n'est plus autorisée, comme tous les juifs, à se rendre à l'école. Elle doit se cacher, elle se fera même appeler Simone Jacquier. Elle est arrêtée en mars 1944 à Nice lors d'un contrôle par la Gestapo. Elle sera déportée avec sa famille, d'abord à Drancy puis au camp d'Auschwitz-Birkenau avec sa mère et l'une de ses sœurs. Elle est immatriculée numéro 78 651, un numéro qui lui est tatoué sur le bras et qui sera, des années plus tard, gravé sur son épée à l'Académie française.

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Écouter Simone Veil raconte sa déportation
Simone Veil raconte sa déportation

Le matin, la première opération c'était le tatouage. Cela donnait l'impression d'une chose irrémédiable. Devenir un numéro, je crois que c'est le premier événement qui a donné à penser que ce n'était pas simplement l'envoi dans un camp de travail, une déportation ordinaire je dirais.

Elle sera ensuite transférée au camp de Bergen Belsen. Un camp qui sera libéré par les forces britanniques le 15 avril 1945. Sa sœur Madeleine et elle sont les seules survivantes de sa famille.

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Les derniers moments à Bergen Belsen racontés par Simone Veil

Ce qu'on a vu, c'était des images du Moyen Âge. Des cadavres au bord de la route, des déportés qui passaient sous des barbelés gardés par des SS pour essayer de prendre de l'eau dans une mare et ils se faisaient chaque fois tuer... Mais on ne tenait plus à la vie, on n'avait plus envie de vivre. Quand la Libération est arrivée, on ne pouvait pas se réjouir car on ne savait même pas si on survivrait.

Retour en France

A son retour en France, la réadaptation à la vie hors des camps est difficile pour Simone Veil qui a l'impression d'être en décalage.

On rentrait dans un pays, dans un monde où les gens s'étaient organisés sans nous. Et le trou ne s'est jamais comblé. Quand on me parle de cette période, il y a comme un hiatus, j'ai jamais très bien compris comment ça s'était passé.

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Le retour des camps de concentration

Diplômée du baccalauréat avant sa déportation, elle commence des études de droit et entre à l'Institut d'études politiques à Paris en 1945 où elle rencontre Antoine Veil (1926 - 2013) qu'elle épouse en octobre 1946. Celui-ci entre comme attaché de cabinet de Pierre-Henri Teitgen, vice-président du Conseil, en 1947. Le couple Veil commence donc à fréquenter les centristes du Mouvement républicain populaire (MRP).

Magistrate renommée

Lorsque Simone Veil obtient le concours de magistrature en 1956, elle débute sa carrière en travaillant à l'administration pénitentiaire. Elle s'occupe des femmes et des jeunes détenus. Elle s'engage notamment en faveur des détenus Algériens menacés par l'OAS durant la guerre d'indépendance et veille à leur rapatriement en France. En 1964, elle change de poste et dirige les affaires civiles. Elle s'occupe particulièrement des problèmes d'adoption.

La première femme à accéder aux plus hauts postes

Simone Veil avec Jacques Chirac en 1974, lors d'une conférence de presse

Simone Veil avec Jacques Chirac en 1974, lors d'une conférence de presse• Crédits : Gamma-Keystone - Getty

Dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas, elle sera nommée au poste de secrétaire général du Conseil supérieur de la magistrature. Elle est alors, en 1970, la première femme de France à accéder à ce poste. Dès cette époque, elle prend position en faveur de l'avortement.

Elle apportera son soutien à Valéry Giscard d'Estaing en 1974 face à François Mitterrand. Elle sera ensuite nommée ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac. C'est la première femme à obtenir un poste de cette importance dans un gouvernement.

Loi sur l'avortement

Simone Veil défendant la loi sur l'IVG à l'Assemblée nationale en 1974

Simone Veil défendant la loi sur l'IVG à l'Assemblée nationale en 1974• Crédits : AFP

Elle libéralise tout d'abord la contraception le 28 juin 1974 puis pilote le projet de loi sur la dépénalisation de l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse). Le 26 novembre 1974, Simone Veil présente devant l'Assemblée nationale son projet de loi sur la dépénalisation de l'avortement. Les critiques de la part de la droite et de l'extrême droite sont nombreuses. Elle sera même traitée de "nazie" à l'Assemblée Nationale. Dans un discours à l'Assemblée, elle précise que "l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue" . Avec le soutien de la gauche, le texte est adopté devant l'Assemblée le 29 novembre 1974. Il passe ensuite devant le Sénat pour une entrée en vigueur le 17 janvier 1975.

Ça a été un déchaînement de haine... Un matin, en allant à l'Assemblée Nationale, ma voiture était couverte de croix gammées. Le courrier que j'ai pu recevoir à l'époque... Parfois mes secrétaires ouvraient le courrier et le trouvaient tellement épouvantable qu'elles le déchiraient... et moi je pense qu'au contraire j'aurais préféré conserver ces courriers pour que les sociologues travaillent dessus.

Le 6 mai 1975, Simone Veil était l'invitée de Jacques Chancel chez nos confrères de France Inter

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Écouter Jacques Chancel - Simone Veil : Radioscopie (France Inter, 1975)
Jacques Chancel - Simone Veil : Radioscopie (France Inter, 1975)

Simone Veil, pour l'Europe

En 1979, Valéry Giscard d'Estaing lui demande de mener la liste de l'UDF aux premières élections du Parlement européen, elle qui défend les valeurs de l'Europe. Elle démissionne du gouvernement en 1979 et elle devient alors présidente du premier Parlement européen le 17 juillet 1979. En janvier 1982, elle abandonne la présidence. Elle finira par siéger sur les bancs de l'assemblée en tant que présidente du groupe libéral et démocratique (1984-1989). Au cours de sa carrière politique, elle a toujours combattu la montée de l'extrémisme, le terrorisme, les alliances locales avec le Front national.

Elle a aussi défendu la parité. "Nous avons vu à quel point la France avait du retard en la matière. Nous nous étions mis une dizaine de femmes de droite et de gauche pour réfléchir à la situation dans ce domaine. C'est tombé juste avant la présidentielle de 1995 et nous avons fait prendre des engagements à tous les candidats pour soutenir l'idée de la parité."

Elle revient aux affaires en 1993 dans le gouvernement d'Edouard Balladur. Elle est ministre d'Etat aux affaires sociales, à la Santé et à la Ville. En 1995, elle soutient la candidature de l'ancien Premier ministre et est ensuite appelée par Alain Juppé pour présider le Haut Conseil à l'intégration (1997). En 1998, René Monory, président du Sénat, la fait entrer au Conseil constitutionnel pour un mandat de neuf ans. En parallèle, elle préside des associations prônant la construction de l'Europe.

Au printemps 2005, elle déclenche la polémique en encourageant les Français à voter "oui" à la Constitution européenne alors qu'un droit de réserve lui est imposé en tant que membre du Conseil constitutionnel. Elle se retire donc du Conseil le temps de la campagne pour le référendum.

Une femme engagée à droite

Edouard Balladur avec ses soutiens en 1995 : François Léotard, Nicolas Sarkozy et Simone Veil

Edouard Balladur avec ses soutiens en 1995 : François Léotard, Nicolas Sarkozy et Simone Veil•Crédits : Jean Bernard Vernier - Getty

Soutien de Giscard d'Estaing en 1974, puis d'Edouard Balladur en 1995, Simone Veil se distingue par ses prises de position opposées aux majorités censées la défendre. Elle adhérera à l'UDF après la présidentielle de 1995, parti qu'elle quittera deux ans plus tard. Entre 2000 et 2007, elle présidera la fondation pour la mémoire de la Shoah. Puis, le 9 mars 2007, jour de la journée des Femmes, Simone Veil annonce officiellement qu'elle soutient la candidature de Nicolas Sarkozy (UMP) au détriment du candidat centriste, François Bayrou.

Elue à l'Académie Française

Le 20 novembre 2008, elle est élue à l'Académie Française au fauteuil numéro 13, celui de Pierre Messmer. Sur son épée est gravé son numéro de déportée à Auschwitz-Birkenau, 78 651, qu’elle a tatoué sur le bras. Sur la lame la devise de la France : "Liberté, Égalité, Fraternité" et celle de l’Europe : "Unie dans la diversité", symboles de sa vie politique.

Dans son discours, elle mettra en valeur ses engagements politiques. Et notamment l'Europe.

Les pères de l’Europe ont voulu construire une réalité à partir du rêve d’un homme dont la voix a retenti nombre de fois sous cette Coupole. J’ai nommé Victor Hugo. En 1841, fraîchement élu à l’Académie, il se consacre à la rédaction d’un texte sur le Rhin, où il ébauche le projet d’une union européenne fondée sur ce qu’il est convenu aujourd’hui de nommer le couple franco-allemand. Il écrit : « La France et l’Allemagne sont essentiellement l’Europe. L’Allemagne est le cœur, la France est la tête. Le sentiment et la pensée, c’est tout l’homme civilisé. Il y a entre les deux peuples connexion intime, consanguinité incontestable. Ils sortent des mêmes sources ; ils ont lutté ensemble contre les Romains ; ils sont frères dans le passé, frères dans le présent, frères dans l’avenir.

Le 1er janvier 2009, elle est promue directement à la distinction de Grand officier de la Légion d'Honneur. Elle a pendant des années, et jusqu'à aujourd'hui, été l'une des femmes les plus populaires de France.

Simone Veil lors de sa réception à l'Académie française le 18 mars 2010.

Simone Veil lors de sa réception à l'Académie française le 18 mars 2010.• Crédits : Alain BENAINOUS - Gamma Rapho - Getty

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