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La cuve de l’EPR Flamanville, un feuilleton qui laissera des traces

Les Echos -Veronique Le Billon Le 29/06/17

Le gendarme du nucléaire a estimé mercredi que la cuve du réacteur était apte au service, deux ans après la découverte d’anomalies. Mais la confiance du public risque d’être écornée.

Il y a dans le secteur nucléaire une tradition bien ancrée et salutaire : tirer de chaque événement significatif un « retour d'expérience ». L'épisode de la cuve de l'EPR de Flamanville n'échappera pas à cette autocritique. Le premier risque, « c'est qu'on nous dise "tout ça pour ça" », redoutait récemment un expert de l'IRSN (l'appui technique de l'Autorité de sûreté nucléaire). Le plus grand risque est pourtant celui d'une perte de confiance de la population, dans un pays qui, avec un réacteur nucléaire par million d'habitants et les trois-quarts de son électricité d'origine nucléaire, ne peut se le permettre.

Feu vert provisoire pour l'EPR de Flamanville

Car les associations antinucléaires ne vont pas désarmer, malgré le feu vert provisoire donné mercredi par l'ASN  : Greenpeace a déjà demandé à Nicolas Hulot « de mettre fin au chantier de Flamanville », jugeant que « l'ASN ne peut plus prendre une décision de sûreté en toute indépendance ». « Le problème est maintenant pour l'ASN de ne pas donner l'impression de se coucher devant les intérêts économiques », résume un expert. De fait, ils sont majeurs pour la filière : si la cuve n'avait pas été validée, Bruxelles n'aurait pas autorisé l'augmentation de capital qui doit éviter à Areva un dépôt de bilan. Sans parler des deux EPR en construction en Chine, où le premier exemplaire est à quelques mois de sa mise en service.

Pression extrême

Le problème, c'est que l'Autorité de sûreté nucléaire s'est elle-même fragilisée. Elle s'est mise sous une pression extrême en laissant EDF et Areva installer la cuve et son couvercle dans le bâtiment réacteur de l'EPR avant que la conformité de ces équipements ne soit acquise : plus les travaux avançaient, plus le « plan B » d'un changement d'équipement devenait compliqué. En arrêtant une série de réacteurs l'hiver dernier pour contrôler la concentration en carbone des générateurs de vapeur, l'ASN a adopté la méthode inverse. Les grands coups de barre sont rarement les meilleures solutions, EDF l'a d'ailleurs bien compris.

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L'ASN s'est aussi fragilisée en reconnaissant que des « irrégularités » sur le contrôle qualité avaient pu se dérouler sous ses yeux pendant des années à l'usine Areva du Creusot. « Nos inspections ne sont pas des perquisitions. Nous ne partons pas du principe que les données transmises sont frauduleuses », avait justifié aux « Echos » le président de l'ASN, Pierre-Franck Chevet, rappelant ainsi que le système de sûreté est basé sur la responsabilité de l'exploitant et une confiance réciproque. L'autorité indépendante a engagé une réflexion sur ses « orientations stratégiques », qui devra « notamment permettre une clarification de l'exercice des responsabilités de chacun », selon un courrier diffusé à une série de « parties prenantes ».

Limites de la doctrine française

Enfin, l'épisode de la cuve a illustré les limites de la doctrine française d'amélioration continue de la sûreté. Le principe est louable, mais les exploitants ne parvenant pas à en respecter les règles, une procédure dérogatoire a été créée pour que la cuve rentre dans les clous de la réglementation... « Compromis, pas compromission », martelait un expert de l'ASN. Tous les secteurs veulent désormais figer les règles, qu'elles soient fiscales, environnementales ou sociales. Et le nucléaire n'y échappe pas.

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