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Energie verte: les innovations d’Engie et EDF pour produire plus

Les echos - Anne Feitz Le 09/08/17

Les deux géants français investissent dans la maintenance prédictive de leurs parcs éoliens et solaires.

C'est un outil qui va coûter 12 millions d'euros mais Engie attend beaucoup. Déployée depuis la fin de 2016, la nouvelle plateforme numérique Darwin de l'énergéticien doit permettre à Engie de gagner en cinq ans 24 millions d'euros sur les coûts d'exploitation et de maintenance de ses parcs éoliens et solaires. « L'idée est de connecter à Darwin toutes nos machines dans le monde, après les avoir dotées de multiples caméras et de capteurs », explique Gwenaëlle Huet, qui dirige l'activité renouvelables d'Engie en France. « Nous développons des algorithmes capables d'exploiter les données collectées, qui nous permettront d'effectuer de la maintenance prédictive, par exemple. Nous espérons ainsi non seulement réduire les coûts, mais aussi gagner un point de taux de disponibilité de nos éoliennes en cinq ans ». 

Reprendre le contrôle de la maintenance

Alors que traditionnellement la maintenance du matériel est dévolue aux fournisseurs, Engie cherche à en reprendre progressivement le contrôle. « Le taux de disponibilité des éoliennes atteint 98 % dans les parcs où nous avons internalisé la maintenance, contre 95 % dans les autres », indique Gwenaëlle Huet.  Le groupe table sur 6 gigawatts (GW) de capacités connectées à Darwin fin 2018, contre 2 GW fin 2016.

Un centre de supervision européen

Engie n'est pas le seul à chercher ainsi à optimiser les coûts et la production de ses parcs éoliens ou solaires. Ayant choisi d'intégrer l'exploitation-maintenance dès 2009, EDF Energies Nouvelles a créé à cet effet un vaste centre de supervision de ses parcs européens à Colombiers, près de Bézier (Hérault) : le groupe a commencé à pratiquer la maintenance prédictive il y a environ trois ans. « Nous suivons en permanence des paramètres comme les vibrations, la température, les particules dans l'huile... », explique Thierry Muller, président d'EDF EN Services, la société chargé de l'exploitation et la maintenance du groupe. « Cela nous permet d'anticiper les pannes et d'intervenir avant que le composant casse : la réparation est plus facile, l'éolienne est arrêtée moins longtemps. Sur certains matériels nous sommes passés de 40 jours d'arrêt par an à 5 jours ». 

Gérer la reproduction des scarabées

Pour augmenter la production d'énergie verte, les entreprises sont aussi à la recherche d'innovations technologiques originales. Dans certains parcs d'Engie, la rotation des éoliennes est par exemple bridée, voire stoppée, en période de reproduction des scarabées ou pour respecter des normes de bruits. Lorsqu'il pleut, ces restrictions deviennent inutiles car les scarabées ne se reproduisent  pas sous la pluie... Même chose pour les normes de bruits, dépourvues de sens en cas d'averses. D'où l'installation de capteurs de pluie qui permettent alors de redémarrer les turbines. 

S'appuyer sur les start-up

EDF EN s'appuie beaucoup sur des start-up . Le groupe a par exemple conclu un partenariat avec Cornis, qui grâce à un système d'imagerie numérique, photographie régulièrement les pales d'éoliennes et détecte les défauts annonciateurs de pannes. Autre exemple, l'accord de R&D conclu il y a deux ans avec Mer agitée, la société du navigateur Michel Desjoyeaux : en s'inspirant du penon des voiliers, ce ruban que les marins laissent flotter pour connaître l'orientation du vent, la société a imaginé un penon électronique qui permettra d'améliorer l'orientation des pales des éoliennes. « Ils nous apportent leur connaissance du vent, c'est précieux », commente Thierry Muller. « Nous sommes à la recherche du moindre demi-pourcent d'amélioration ! ». 

Des possibilités dans le solaire

Plus avancées dans l'éolien , où les possibilités d'optimisation sont a priori plus nombreuses, les entreprises commencent aussi à regarder ce qu'elles peuvent faire dans le solaire. « Les panneaux photovoltaïques peuvent sembler plus statiques mais il y a beaucoup à faire : suivre la performance de chaque module, la température des matériels électriques comme les onduleurs, les transformateurs, etc », explique Thierry Muller. Un suivi d'autant plus important que, de plus en plus, le groupe offre des garanties de performances lorsqu'il choisit de vendre ses parcs. 

 

Eolien en mer : Engie cherche des partenaires 

Engie aimerait descendre encore sa part dans les deux projets d'éolien en mer qu'il a remportés en 2014 au large des côtes françaises, au Tréport (Seine-Maritime) et à Yeu-Noirmoutier (Vendée). Selon nos informations, il a relancé une recherche active en ce sens. Il détient aujourd'hui 47 % des deux parcs, aux côtés du portugais EDP Renewables (43 %) et de la Caisse des Dépôts et Consignations (10 %), qui a remplacé Neoen Marine il y a dix-huit mois. Un autre investisseur pourrait entrer, à hauteur d'environ 20 %, sur les parts d'Engie et EDPR. Le chinois China Three Gorges, par ailleurs actionnaire d'EDP, figure parmi les investisseurs potentiels. « Ces projets nécessitent des investissements importants [3,5 milliards d'euros, NDLR], et une ouverture du capital correspond assez bien à la logique de « développement puis monétisation » qu'ont aujourd'hui les utilities. Ce sont des projets financièrement assez juteux, avec des tarifs d'achat de l'électricité vendue autour de 200 euros / MWh accordés alors que le coût des turbines et de la dette était bien plus élevé qu'aujourd'hui, il y a donc aussi une bonne opportunité de se diluer un peu dans de très bonnes conditions », commente un bon connaisseur du dossier.

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